"Star Trek I The motion picture" de Robert Wise

Star Trek The motion picture est le premier film de la licence Star Trek, réalisé en 1979 par Robert Wise. La sortie de ce film signait la résurrection 10 ans après la fin prématurée de la série. La série originale a été tournée pendant 3 ans de 1966 à 1968, tout d'abord dans les studios de Desilu qui fut racheté en 1967 par Paramount. Paramount estimait que la production des séries de science fiction tel que Star Trek était un gouffre financier, donc il fut décidé de stopper la série à la fin de la deuxième saison. Cela avait provoqué un mouvement de contestation très fort chez les fans de la série qui ont harcelé Paramount jusqu'à ce qu'elle cède pour la troisème et dernière saison. Le contrat initial passé entre Gene Roddenberry et Desilu était stipulé que si les audiences étaient bonnes, Gene Roddenberry serait assuré de produire cinq saisons de Star Trek, d'où la mission de 5 ans d'exploration.

Affiche Star Trek Movie

L'arrivée de ce film, pour les fans, était comme une renaissance de la licence, ils avaient espoir que la Phase II, sous le format d'une série, suivrai après le film. Puisqu'à l'origine le scénario du film avait été écrit pour le pilote de la Phase II. Mais en 1977, le film de George Lucas, Star Wars, fit changer le fusil d'épaule des stratèges de la Paramount. Ils transformèrent le pilote en film le dotant d'un budget de 35 millions de dollars ("Star Wars A new hope" n'en avez coûté que 13 Millions). Dans un premier temps les fans ont accueilli le film avec bienveillance, mais le succès fut très mitigé pour le large public. Puis progressivement le film a commencer à élargir son public pour devenir une référence aujourd'hui. Paramount ayant beaucoup investi dans le film il renonça à la série Phase II pour envisager une succession d'autres films.

A la sortie du film en mars 1980, je n'avais pas encore un an, donc je n'ai pas pu le voir au cinéma. Mon premier visionnage doit dater de 1987 à partir d'une VHS enregistrée sur Canal+ (avec un son métallique et du brouillage intempestif dû au procédé de cryptage analogique). J'ai eu l'occasion par la suite de me procurer le DVD Director's cut, et une version numérique 1080p en VOD. Il existe quatre versions du film, la version originale de 1979, assez difficile à se procurer aujourd'hui même en DVD. C'est la version que j'ai sur VHS enregistré sur Canal+. Il y a la version longue remontée pour la TV de 1983 (que je n'ai pas vu mais on peut avoir une compilation des ajouts sur youtube). La version de 1999 Director's cut de Robert Wise qu'on a sur les DVD. (celle-ci se reconnaît par le défilement d'étoiles à début du générique et le générique en jaune). Et enfin la version Theatrical des Bluray et de la version numérique 1080p qui reprend à peu de chose prêt les cuts de la version originale mais avec des effets spéciaux retravaillés avec un rendu pas forcément meilleur à certains endroit, j'y reviendrai.

Le scenario du film reprend les grandes ligne de l'épisode 3 de la deuxième saison "The Changeling". Dans lequel l'équipage téléporte une vieille sonde Nomad à bord de l'Enterprise pour pouvoir l'étudier. Cette sonde a réduit en poussière une population entière d'une planète, sa fonction étant d'éliminer les imperfections biologiques et retrouver son créateur (Jackson Roykirk). Kirk passera à ses yeux pour le créateurs et tentera d'éliminer l'équipage. Le lieutenant se toruva ainsi désintégrée, puis recréée à l'identique sans la mémoire. Nomad s'avère être une fusion entre la sonde terrienne Nomad d'exploration et une sonde nettoyage biologique TAN RU. Kirk jouera sur le fait qu'elle n'est pas parfaite car elle s'est trompé sur l'identité du créateur. Etant imparfaite elle devait s'autodétruire.

Le scénario du film n'ajoute énormément d'événement à cette histoire, mis à part que la sonde est entourée par une nuée faisant 12 UA de large, et que les effets spéciaux font du remplissage pour compenser les faiblesses du scénario prévu initialement pour un pilote de 45 minutes. Le film fait environ 2H10 si on enlève les 2 minutes 30 d'écran noir au début du film où on entend la musique symphonique du thème de Star Trek. Ensuite il faut attendre plus de 20 minutes pour que l'Enterprise ne soit sur le départ. On perd une trentaine de minutes entre l'avarie de distorsion, l'arrivée de Spock et la pseudo romance entre Decker et Ilia. Au bout d'une heure l'Enterprise arrive seulement aux abords de la nuée. La deuxième heure du film se passera à l'intérieur de la nuée et à son exploration. Et dans les 10 dernière minute on apprend que l'origine de cette nuée était en fait une sonde Voyager VI qui avait été envoyée pour collecter des données et les transmettre à son créateurs sur Terre. Decker se fait passer pour le créateur et fusionne avec Voyager. La Terre est sauvée.

Pour résumer ce film est très beau visuellement (bien qu'en HD certains défauts des effets numériques ne passe plus) par contre au niveau action on reste sur notre faim. Surtout pour ceux qui ne connaisse pas l'univers de Star Trek. Le deuxième opus "La colère de Khan" fera beaucoup mieux sur ce point. Cependant je pense que c'est ce qui fait l'originalité de ce film par rapport à Star Wars. Les enjeux sont beaucoup plus métaphysiques et amènent à s'interroger avec humilité sur la nature humaine et sur l'intelligence artificielle robotique bien avant Terminator ou Matrix. Aujourd'hui pour un jeune public cette lenteur narrative ne passerai plus, ce qui explique les hors sujet des trois derniers films qui des scenarii speed mais pour le coup sans profondeur. Nativement Star Trek n'est pas une série d'action. Ce serait plus une série utopique qui non seulement explore les mondes inconnus, mais explore aussi ce que sera le futur de l'humanité. Par exemple, arrivera-t-elle à dépasser ses défauts intrinsèques (cupidité, nationalisme, égoïsme, bellicisme, soif de pouvoir etc...) ? Dans Star Trek TNG, le procès fait par Q à l'équipage du Capitaine Picard révèle ce par quoi est passée l'humanité, la 3ème guerre mondiale (bellicisme), avant de créer la fédération. Dans "La colère de Khan" on explore la mégalomanie et la soif de pouvoir, ce qui n'est pas du tout abordé dans "Into Darkness" où Khan passe juste pour un terroriste.

Pour en revenir à Star Trek I et ses effet spéciaux. En 1979 les effets spéciaux n'étaient encore qu'aux balbutiement et tenaient généralement qu'au génie et à des bouts de ficelle. Produire un film comme Star Trek relevait de l'exploit. Les décors étaient assez crédible pour qu'on puisse y croire. L'effort était là et le résultat très bon. Or les versions plus récentes refaite en 1999 par CGI sont beaucoup plus bâclées. Pour réalisé les nouveaux effets il a fallu découper image par image les décors pour les remplacer par des nouveaux plus travaillés. Jusque là rien d'anormal. Là où ça devient vraiment moche c'est que les découpages ont été fait à l'arrache et que d'une image à l'autre les délimitions de la navette ou celle du vaisseau sautille laissant apparaître de l'ancien décor par moment ou rognant la navette ou le vaisseau à d'autres. C'est encore plus frappant sur la version HD. Je trouve vraiment dommage que Viacom lors de la remasterisation des bluray n'ait pas retravaillé ces plans. Avec la technologie d'aujourd'hui ça aurait pris une semaine à une dizaine de techniciens pour rectifier ces défauts.

Les fans des premières heures ont apprécié ce premier opus malgré ses quelques défauts, car il donnait enfin l'impression que l'Enterprise était un vaisseau immense. Ce que la série ne pouvait mettre en oeuvre n'ayant qu'un budget limité pour les effets spéciaux. Toute la séquence où Kirk redécouvre un Enterprise rénové avec son nouveau design, en a fait bavé plus d'un devant l'écran. Grâce à "Star Trek The picture movie" le background a été développé de façon à donner plus de crédibilité à la série. Le QG de Starfleet n'avait jamais été filmé avant, on avait juste un décor peint et des scène en studio. Aujourd'hui ça paraît un peu plan plan et on se dit "c'est bon on l'a vue le vaisseau, c'est quand qu'ils partent pour la mission", "mais pourquoi Kirk perd-il du temps sur Terre", cela répond sans doute à une frustration des limitations budgétaire subie pour la réalisation de la série. Il y a d'autre partie qui aborde des risques inhérent à la technologie notamment le dysfonctionnement du télétransporteur donne un sentiment de malaise, deux officiers se retrouvent transformés en masse informe sous les yeux de Kirk, Scotty et Rand. Cet incident annonce, pour moi, ce que sera par la suite la confrontation à une technologie humaine non maîtrisée qui risque de causer la perte de l'humanité.

L'inconnu exploré dans ce scénario c'est ce que deviendra nos créations technologiques dans l'avenir. Les risques, les peurs, la création, ce qu'on croit maîtrisé mais devient ce qu'on avait pas prévu, c'est un thème majeure des scenarii de science fiction. Ce premier film respecte non seulement les canons de l'univers Star Trek mais aussi ce qui fait l'intérêt principal d'une bonne histoire de science fiction. Bien souvent les films de SF d'aujourd'hui se contentent de mettre un cadre futuriste pour se dire SF sans aborder les problématiques lier au progrès.

Bref "Star Trek The motion picture" est un incontournable du genre, et un très bon film pour commencer à s'immerger dans l'univers Star Trek. Car commencer avec la série originale pourrait en rebuter certains par son côté un carton pâte de studio et le décalage scientifique de l'époque. N'oublions pas qu'en 1966 à 1968 c'était encore la course à la Lune et qu'on avait pas beaucoup d'information sur ce qui se passait là-haut, d'où pas mal de fantasmes à l'origine sans doute du succès de Star Trek. Commencer par les films permet d'acquérir les codes de l'univers Star Trek rapidement et prendre plaisir à suivre les équipages du mythique vaisseau de Enterprise.

Je ferai le tour de tous les films de Star Trek, le prochain film que je traiterai sera le Star Trek XI, le reboot de JJ Abrams pour le comparer à celui que j'ai traité ici dans ce post.